Mali : une source du ministère des Affaires étrangères algérien estime que « les jours de la junte sont comptés »
« Les jours de la junte sont comptés. » C’est un extrait d’une déclaration faite à Rupture par une source du ministère des Affaires étrangères algérien au sujet de la situation au Mali. Notre source parle aussi de soldats qui désertent l’armée régulière pour rejoindre les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad. Un autre expert des questions internationales, que nous avons également sollicité, prédit une crise migratoire dans la région sahélo-saharienne si la situation s'aggravait au Mali.
Par le correspondant de Rupture à Alger Yacine Aït Ouffella
Publié le 3 mai 2026

« L'aggravation des combats risque de provoquer des déplacements massifs de populations civiles maliennes, explique Zine Cherfaoui.
« Au Mali voisin, les choses s’accélèrent et le chaos y est le maître mot. Sur le terrain, tout indique que les jours de la junte sont comptés. Assimi Goïta et son gouvernement n’ont plus d’alternatives. Des désertions au sein de l’armée régulière ont été signalées. Ces militaires ont rejoint les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad. » C’est ce que nous a confié une source du ministère des Affaires étrangères algérien.
Notre source se refuse à « engager officiellement la position de l’Algérie dans le conflit » mais affirme que les autorités algériennes « suivent de très près l’évolution de la situation au Mali » et qu’elles sont prêtes à « contribuer aux efforts de paix comme cela a toujours été le cas », « à condition que nous soyons sollicités », tient à souligner notre interlocuteur.
« S’il y a un changement politique, je pense que l’Algérie, qui a toujours prôné la non-ingérence, va appeler à un consensus politique et va s’opposer à la présence de forces étrangères, qui sont un facteur important dans le maintien des troubles, les étrangers devenant une raison pour certains de se rebeller », nous explique, pour sa part, le géopolitologue Akram Kharief.
Une « cohésion nationale » au Mali, « rempart contre le terrorisme »
La position officielle de l’Algérie est celle exprimée par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, « en faveur du renforcement de la cohésion nationale au sein de la République du Mali, pays frère », une « cohésion nationale qui constitue le meilleur rempart contre le terrorisme et un bouclier solide pour faire face à ce fléau avec l’efficacité requise ».
Une autre voix, celle de l’ancien ministre et ancien ambassadeur Abdelaziz Rahabi, met l’accent (dans une tribune publiée sur les réseaux sociaux) sur la rupture, par la junte au pourvoir au Mali, des Accords d’Alger, signés en 2015 par l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita et les touaregs de la Coordination des mouvements de l’Azawad.
« La dénonciation en 2024 par le gouvernent malien actuel des Accords d’Alger de 2015 a acté la rupture de Bamako avec le Nord du Mali et a rompu un processus laborieux de réconciliation seul garant de la paix dans ce pays voisin mais sans proposer d’alternatives consensuelles », écrit l’ancien diplomate, qui a ensuite abordé l’intervention d’États étrangers dans la région sahélo-saharienne : « Cette crise a conduit également à la multiplication d’intervenants étrangers à nos frontières avec le Sahel et a transformé la région en un espace de confrontation entre les grandes puissances. Ces ingérences consenties rendent le règlement des crises encore plus complexe à l’image de la situation en Libye où L’Algérie et la Tunisie voisins directs ont été marginalisés dans la recherche d’un règlement à la crise au profit d’une douzaine d’autres acteurs. »
Risque de « déplacements massifs de populations civiles maliennes »
Les conséquences de la situation actuelle au Mali et surtout si elle s’aggravait sont majeures et multiformes, comme nous les décrit le journaliste et expert des questions internationales Zine Cherfaoui, qui estime que « l’instabilité au Mali favorise les réseaux de contrebande d’armes, de drogues et d’êtres humains, qui tentent d’utiliser le Sahara algérien comme zone de transit ».
Zine Cherfaoui soulève aussi la possibilité d’une crise migratoire dans la région sahélo-saharienne. « L’aggravation des combats risque de provoquer des déplacements massifs de populations civiles maliennes, explique-t-il. L’Algérie devrait alors gérer l’arrivée de milliers de civils fuyant les zones de conflit (Kidal, Gao, Ménaka). Ce qui nécessiterait la mise en place de structures d’accueil et d’aide humanitaire dans des zones désertiques difficiles d’accès. »
Le journaliste, en connaisseur des questions africaines, soulève également des effets considérables sur le plan économique. « L’insécurité bloque les grands projets de coopération transfrontalière, relève-t-il, à commencer par la Transsaharienne, d’autant que les projets d’infrastructures reliant Alger à Bamako et au-delà sont paralysés. Et « le commerce frontalier, essentiel pour les populations locales des deux côtés, est fortement perturbé par les fermetures de frontières et les risques d’attaques sur les convois ».
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