Le racisme est à combattre, pas à instrumentaliser
Au regard des résultats d'un sondage de l'Ifop publié aujourd'hui, 46 % des Français disent avoir été victimes d’agressions et de discriminations à caractère raciste. C’est le terme « caractère raciste » qui pose problème. En France, le fait de critiquer une religion, l’immigration ou le communautarisme relève-t-il du racisme ? Non, cela relève de la liberté d’opinion. Ce type d’étude et les critères requis ont tendance à tout englober et à tout ramener au racisme. Il ne faut pas banaliser le racisme et, justement, ce type d'approche peut avoir pour effet une banalisation du racisme.
Par Karim Maloum
Publié le 9 avril 2026

Dire que 46 % des Français sont victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste n’a pas de sens. Les chiffres regroupent des cas qui ne peuvent pas tous être assimilés à du racisme mais plutôt à des critiques de la religion notamment. Cela est d’autant plus grave qu’il y a ceux qui sont réellement confrontés au racisme, ceux qui sont exclus du travail, privés de logement, insultés ou agressés, et vivent très mal cette situation. Dans le cadre de la loi, le fait de critiquer les religions n’est pas interdit. Ce n’est pas du racisme, cela s’appelle la liberté d’expression.
La France n’est pas un pays raciste. La République française accepte toute personne sans distinction d’origine, de couleur ou de religion. Elle repose sur un principe clair : l’universalisme des libertés et la laïcité et non sur une base de couleur ou de religion. Cependant, critiquer une religion n’est pas du racisme : c’est une opinion, un droit.
De même, critiquer le communautarisme relève de l’opinion. Dans la République, il n’y a pas de communautés, il n’y a que la nation, fondée sur un regroupement de personnes se reconnaissant comme françaises.
Certains, au nom du progressisme et de la lutte contre le racisme, en viennent à s’allier avec des partisans d’un islam rigoriste qui souhaitent réintroduire la religion dans l’espace public. Ce n’est pas du racisme que de s’y opposer. La religion est une affaire privée.
Il n’y a pas de « Français de souche », pas de « nouvelle France », pas de « Français issus de l’immigration »
La République française n’est pas fondée sur des origines ethniques ou des appartenances religieuses, mais sur l’adhésion à ses principes. Critiquer des comportements qui ne respectent pas les règles de la République n’est pas du racisme : cela relève des principes républicains. La République n’accepte pas les logiques communautaires ni l’intervention de la religion dans l’espace public. Elle reconnaît uniquement des citoyens, avec des droits et des devoirs, tenus de respecter la loi.
Il n’existe pas de « Français de souche », pas de « nouvelle France », pas de « Français issus de l’immigration » ou de « Français de la réussite ». Il n’y a que des Français, qui vivent dans une République et en acceptent les règles. On peut être noir, musulman, athée ou autre. Introduire des catégories comme « anciens Français » et « nouveaux Français » revient à diviser la société et, paradoxalement, à alimenter une logique raciale.
La lutte contre le racisme est avant tout un combat démocratique. Ceux qui veulent inscrire ce combat dans une vision de la « nouvelle France », comme le fait Jean-Luc Mélenchon, en affirmant que certaines catégories de population – notamment celles vivant dans les banlieues ou issues de l’immigration – représenteraient à elles seules la France, se trompent. La France, ce sont tous ceux qui se reconnaissent dans la citoyenneté française.
Le racisme est un fléau qui se traduit sous la forme de violences, voire de destruction des individus. Lorsqu’on en est victime, dans sa chair, cette réalité est extrêmement difficile à vivre. Il ne faut donc pas tout mélanger. Ceux qui procèdent à un amalgame contribuent, sans s’en rendre compte, à banaliser le racisme.
Dire que 46 % des Français ont été victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste donne l’impression d’une situation comparable à l’apartheid en Afrique du Sud, ce qui n’est pas sérieux. Ce type de sondage contribue à valider certains discours idéologiques de la gauche et des indigénistes affirmant que la France serait un État raciste, que la police serait raciste ou que les institutions le seraient également. C’est un piège dangereux tendu par l’extrême gauche. Un piège dans lequel tombent certains universitaires, intellectuels ou journalistes.
Il est vrai que la société fonctionne sur une forme de compétition. Les personnes les plus compétentes sont sélectionnées. Mais dire systématiquement que tout refus pour un poste de travail ou pour l’obtention d’un logement, par exemple, est dû au racisme revient à nier les critères de sélection fondés sur les compétences ou les dossiers.
Parler en permanence de race, de couleur de peau, de religion ou d’origine, cela finit par s’imposer comme une évidence
Aujourd’hui, certains discours antiracistes mettent constamment en avant les catégories de « Noirs », « Blancs », « musulmans » ou « étrangers ». Parler ainsi revient à adopter une logique raciale. Or, le racisme consiste précisément à raisonner en termes de « races ». Les républicains, eux, parlent de citoyenneté.
Le combat démocratique consiste aussi à refuser certaines interprétations, comme celles issues de ce sondage. À force de répéter une idée, elle finit par apparaître comme vraie. On parle en permanence de race, de couleur de peau, de religion ou d’origine, à la télévision, à la radio et dans la presse, et cela finit par s’imposer comme une évidence. En fait, il s’agit d’une perception erronée.
La France est un pays de liberté. Les musulmans y sont libres de pratiquer leur religion. Les étrangers qui s’y installent bénéficient de droits et ont également des devoirs, comme tous les citoyens. Cela ne signifie pas que le racisme n’existe pas dans les pratiques quotidiennes : il existe et doit être combattu. Mais ce sondage ne reflète pas la réalité et peut être instrumentalisé politiquement pour bâtir une contre-vérité. Le mélange entre racisme et opinion est dangereux dans une République.
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