Suite à un rassemblement interdit par la préfecture

Nouveaux affrontements près du chantier du projet d’autoroute A69 

Jets de pierre par les manifestants, tirs de grenades lacrymogènes des forces de l’ordre : des tensions ont éclaté hier en fin d’après-midi près du chantier de l’A69. Un millier d’opposants à l’autoroute A69, reliant Toulouse à Castres, se sont rassemblés à Maurens-Scopont, dans le Tarn, à proximité du chantier, pour une mobilisation baptisée « Turboteuf ». Malgré l’interdiction préfectorale, motivée par des « risques de troubles graves à l’ordre public », les manifestants, réunis dans le parc du château de Scopont, ont défilé vers le chantier.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 6 juillet 2025

Nouveaux affrontements près du chantier du projet d’autoroute A69 

Aucun blessé grave ni arrestation n’a été signalé, mais la situation reste tendue, avec un dispositif de sécurité renforcé de 1 600 gendarmes et policiers.

Un rassemblement non autorisé baptisé « Turboteuf » est organisé par des opposants au projet de l’A69 depuis vendredi soir au Château de Scopont dans le Tarn, à proximité du chantier de l’autoroute. L’après-midi, des affrontements ont éclaté : des jets de pierres de la part de certains manifestants, dont une cinquantaine décrits comme « cagoulés et masqués », ont été suivis de tirs de grenades lacrymogènes et de l’utilisation d’un canon à eau par les forces de l’ordre.

La préfecture a rapporté la saisie de 55 objets pouvant servir de projectiles (boules de pétanque, cocktails incendiaires, hachettes). Vers 19h, après une accalmie, de nouvelles tensions ont conduit à une dispersion du cortège. Aucun blessé grave ni arrestation n’ont été signalés, mais la situation reste tendue, avec un dispositif de sécurité renforcé de 1 600 gendarmes et policiers.

Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et soutien du projet, voit dans cette opposition un basculement « dans la sédition et l’ultra-violence », écrit-il sur son compte X.

Origine et contexte de l’A69

Le projet de l’A69 s’inscrit dans une volonté de désenclavement économique de la région de Castres, dans le Tarn, en facilitant les échanges avec Toulouse. Lancé officiellement en 2018 avec une déclaration d’utilité publique, le chantier est porté par la société Atosca, concessionnaire pour 55 ans. Le coût estimé s’élève à 450 millions d’euros, dont 70 % ont déjà été dépensés en 2025, avec une mise en service prévue pour fin 2026. L’objectif affiché est de fluidifier le trafic et de stimuler le développement économique local, en remplaçant une route nationale jugée insuffisante.

Description du tracé

L’autoroute A69, reliant Toulouse à Castres, s’étend sur 53 km, dont 44 km de tracé neuf et 9 km de sections réaménagées (notamment les déviations existantes de Puylaurens et Soual)

Cependant, ce projet est critiqué pour son impact environnemental. Selon les opposants, il entraîne la destruction de 316 hectares d’espaces naturels, dont 22 hectares de zones humides, 13 hectares de forêts et 260 arbres centenaires, menaçant la biodiversité locale. Ces impacts, combinés à l’absence de justification économique ou environnementale forte selon certains experts, ont fait de l’A69 un symbole des tensions entre développement économique et préservation écologique.

En février 2025, le tribunal administratif de Toulouse a annulé l’autorisation environnementale du chantier, ordonnant son arrêt temporaire en raison de son impact écologique jugé trop lourd. Cependant, la cour administrative d’appel a autorisé la reprise des travaux en mai 2025, ravivant les tensions. Une proposition de loi visant à valider rétroactivement les autorisations environnementales a également été débattue à l’Assemblée nationale, suscitant une forte opposition des écologistes et de La France insoumise.

Les mobilisations écologistes et les violences

L’opposition à l’A69 s’est structurée autour de collectifs comme La Voie est libreLes Soulèvements de la TerreExtinction Rebellion et le Groupe national de sauvegarde des arbres (GNSA). Ces groupes ont multiplié les actions : occupations d’arbres (avec des militants surnommés « écureuils »), manifestations, recours juridiques et tentatives d’établissement de zones à défendre (ZAD). Des figures comme Greta Thunberg ont également apporté leur soutien à la lutte.

Cependant, certaines mobilisations ont dégénéré en affrontements violents. En octobre 2023, lors d’un week-end de mobilisation, des manifestants radicaux, décrits comme « cagoulés et casqués » par la préfecture, ont attaqué des entreprises locales, incendié une cimenterie et saccagé une propriété immobilière. Des tirs de mortiers et des jets de projectiles contre les forces de l’ordre ont blessé plusieurs gendarmes. En juin 2024, une manifestation interdite a vu des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, avec l’utilisation de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser les opposants. Et ce week-end, malgré une interdiction préfectorale, environ 800 personnes se sont rassemblées à Maurens-Scopont, dans le Tarn, pour une manifestation qualifiée de « festive » par les organisateurs, mais marquée par des tensions.

Les autorités ont saisi 55 objets pouvant servir d’armes (catapultes, boules de pétanque, pierres) et ont dénoncé la présence de « 50 fichés S » parmi les manifestants, accusant certains d’intentions violentes. Des affrontements ont eu lieu, avec des gaz lacrymogènes et un canon à eau utilisés pour repousser les manifestants. Aucun blessé grave ni arrestation n’ont été signalés ce jour-là, mais plus de 250 objets dangereux ont été saisis.

Répression et accusations d’écologisme radical

Les autorités françaises, notamment le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et le ministre des Transports Philippe Tabarot, ont dénoncé une « radicalisation » de certains militants, qualifiant leurs actions de « sédition » et d’« ultra-violence ». Ils pointent du doigt la présence d’éléments radicaux, dont des individus fichés S, et la préparation d’actes violents, comme l’utilisation de catapultes ou de boules de pétanque.

Amnesty International, dans un rapport publié en juillet 2025, a dénoncé une « stratégie délibérée » de répression des militants écologistes en France, citant l’A69 comme un cas emblématique. L’ONG évoque des centaines de gardes à vue, une soixantaine de procès et un « arsenal législatif » (comme la loi « anti-casseurs » de 2019 ou la loi « séparatisme » de 2021) visant à criminaliser les manifestants. Des collectifs comme Les Soulèvements de la Terre ont été visés par des tentatives de dissolution, bien que certaines aient été annulées par le Conseil d’État.

Les opposants, de leur côté, dénoncent une « banalisation » des interdictions de manifester et une « judiciarisation » excessive, estimant que ces mesures visent à museler leur combat pour la préservation de l’environnement. Ils affirment que les violences sont souvent provoquées par une réponse disproportionnée des forces de l’ordre, comme l’utilisation de gaz lacrymogènes ou de lanceurs de balles de défense. Et toujours le drapeau palestinien 

Des manifestants sont rassemblés devant la façade du château de Scopont à Maurens-Scopont (Tarn), le 5 juillet. ED JONES / AFP

Une lutte aux enjeux plus larges

Au-delà du tracé de l’A69, la lutte reflète un conflit plus profond entre deux visions : celle d’un développement économique basé sur des infrastructures routières et celle d’une transition écologique priorisant la préservation des écosystèmes. Les opposants estiment que l’A69 est un projet « écocide », coûteux et inutile, surtout dans un contexte où une route nationale existante pourrait être réaménagée. Les partisans, eux, défendent un projet vital pour l’économie locale, accusant les militants de nuire aux travailleurs et aux entreprises.

Les violences, bien que réelles, doivent être contextualisées. Si certains actes (incendies, jets de projectiles) sont incontestablement violents, ils ne représentent pas l’ensemble des actions écologistes. Cependant, la radicalisation d’une frange des manifestants et la réponse musclée des autorités ont amplifié les tensions, transformant l’A69 en symbole d’un bras de fer entre écologie et ordre public.

M. D. P.

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