11-Novembre : des syndicats d’enseignants appellent au boycott des cérémonies commémoratives des Morts pour la France, Édouard Geffray se défend

Depuis la loi de 2012, le 11-novembre est aussi la journée d’hommage à tous les « Morts pour la France ». Cette année, toutes les écoles élémentaires, les collèges et les lycées devront organiser une cérémonie en hommage aux « Morts pour la France ». Le SNES-FSU, Sud Éducation et la FSU-SNUipp dénoncent une « militarisation de l’école » et appellent les personnels à ne pas participer à ces cérémonies, parfois en faisant grève. Comment des syndicats enseignants peuvent-ils refuser de participer à ce nouveau moment commémoratif ? Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, défend, lui, un devoir de mémoire et de transmission.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 6 novembre 2026

Depuis la loi de 2012, le 11 novembre est aussi la journée d’hommage à tous les « Morts pour la France ».

Une circulaire du 2 juillet 2026, signée par le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, institue une cérémonie commémorative annuelle d’hommage à tous les « Morts pour la France » dans chaque école élémentaire, collège et lycée (public ou privé sous contrat), à partir du CM1 jusqu’en terminale. Elle se tient dans l’enceinte de l’établissement, dans les quatre jours précédant ou suivant le 11 novembre, et s’inscrit dans un travail pédagogique histoire,

Des partenaires élus, associations d’anciens combattants, et éventuellement forces de sécurité ou armée peuvent y être associés. Plusieurs syndicats s’y opposent frontalement et appellent au boycott, parfois par la grève,

Cette circulaire est vivement contestée par plusieurs syndicats de l’éducation. Le syndicat SNES-FSU dénonce un « embrigadement », une « militarisation », un « fourre-tout mémoriel » et un « patriotisme inquiétant ». Il soutient les collègues qui refusent de préparer ou de participer à la cérémonie, appelle à ne pas y assister si des personnalités « dont les valeurs ne sont pas celles de l’École de la République » sont présentes, et a déposé un préavis de grève pour la semaine du 11 novembre. Il exige le retrait de la circulaire et du guide.

Le FSU-SNUipp (premier degré) est en désaccord avec l’obligation, évoque la « militarisation de l’école », le « catéchisme militaro-patriotique » et plaide en faveur d’une « éducation pour la paix ». Elle appelle à refuser les tâches qui ne relèveraient pas des obligations de service.

Dans le même ordre d’idées, SUD Éducation affirme que cette cérémonie d’hommage aux Morts pour la France ne devrait pas être célébrée dans les écoles. Sous couvert d’« éducation à la défense », elle servirait « une acceptation de la guerre » a-t-il rajouté.

D’autres syndicats comme la CGT Éduc’action, FO dans certaines sections, intersyndicales parisiennes ou locales reprennent les mêmes arguments, intrusion de l’armée, exaltation nationaliste, instrumentalisation dans un contexte « belliqueux ». Le SNALC a critiqué les appels à la grève comme renvoyant « un mauvais message » symbolique.

Le ministre Geffray a répondu qu’il s’agit d’un « devoir de mémoire et de transmission », d’un « legs » pour construire un destin commun, et qu’honorer la fin des combats n’est pas une militarisation : « C’est oublier plus d’un million de morts pour la France, c’est oublier que la paix a un prix. »

Depuis la loi de 2012, le 11 novembre est aussi la journée d’hommage à tous les « Morts pour la France »

Le 11 novembre 1918 marque la signature de l’armistice dans le wagon du maréchal Foch, dans la clairière de Rethondes (forêt de Compiègne). Les combats cessent à 11 heures, le 11e jour du 11e mois, après plus de quatre ans de guerre. La France déplore environ 1,4 million de morts militaires et des centaines de milliers de blessés, 11 novembre mutilés, « gueules cassées ».

Au total, le conflit fait près de 10 millions de morts. Cette date devient jour férié national par la loi du 24 octobre 1922 « journée nationale pour la commémoration de la Victoire et de la Paix ». En 1920-1921, le Soldat inconnu est inhumé sous l’Arc de Triomphe; la Flamme du Souvenir est allumée en 1923 et ravivée chaque soir depuis. Depuis la loi de 2012, le 11 novembre est aussi la journée d’hommage à tous les « Morts pour la France » Première et Seconde Guerre mondiale, guerres coloniales, opérations extérieures…

Il représente le prix payé pour la défense du territoire et de la liberté, le souvenir du sacrifice des Poilus et de tous ceux qui ont suivi, la cohésion nationale face à l’épreuve, et le rappel que la paix n’est jamais gratuite. C’est l’inverse d’une « glorification de la guerre » c’est la commémoration de sa fin et du coût humain abyssal de « la der des ders » que les contemporains espéraient unique

L’urgente nécessité de cette commémoration

Cette opposition révèle un fossé profond. Pour une partie du monde enseignant syndical, parler du 11 novembre dans les écoles, faire entendre les noms des « Morts pour la France », chanter éventuellement La Marseillaise ou associer des représentants de la Nation, serait un « glissement dangereux ». Pourtant, la mémoire de ces morts est précisément ce qui a fondé une partie de la cohésion républicaine au XXe siècle. Sans transmission claire et solennelle, les jeunes générations risquent de ne plus savoir ce que signifie « mourir pour la France », ni pourquoi les monuments aux morts peuplent encore chaque commune.

Dans un contexte où l’histoire nationale est souvent relativisée, fragmentée ou contestée, où certains élèves arrivent sans ancrage commun, et où des idéologies rejettent ouvertement l’idée même de sacrifice pour la Nation, cette commémoration n’est pas un luxe pédagogique c’est une nécessité civique.

Refuser de la préparer ou d’y participer, c’est choisir l’effacement plutôt que le rappel. L’école de la République a pour mission de transmettre ce qui unit, pas seulement ce qui divise. Honorer les morts de 1914-1918 et tous ceux qui les ont suivis n’est pas préparer la guerre ; c’est rappeler pourquoi la paix doit être défendue, et à quel prix elle a été gagnée.

M. D. P.

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