Acteur important de l’histoire de la France et de l’Europe, Talleyrand est indissociable de son château de Valençay
Acteur important de l’histoire de la France et de l’Europe, Talleyrand est une personnalité qui fascine toujours. Autant pour ses grands talents de diplomate que pour sa surprenante adaptation aux différents régimes qui ont occupé la scène politique de son temps. En 1803, il achète le château de Valençay. Il est nommé grand chambellan en 1804 et assiste, le 2 décembre 1804, au sacre de Napoléon.
Publié le 4 octobre 2026

Le lien avec Valençay tient en une phrase de Bonaparte, en 1803 « Je veux que vous ayez une belle terre, que vous y receviez brillamment le corps diplomatique, les étrangers marquants. »
© Rupture
Né à Paris le 2 février 1754, sort d’une très vieille noblesse. Une malformation du pied le ferme à la carrière des armes. La famille le déchoit de son droit d’aînesse et le destine, malgré lui, à l’Église. Séminaire de Saint-Sulpice en 1770, thèse de théologie en 1774, ordonné prêtre en 1779, vicaire général de Reims la même année, puis agent général du clergé de 1780 à 1785, il gère les finances de l’Église de France avant d’avoir une âme d’évêque.
Consacré évêque d’Autun le 4 janvier 1789, élu du clergé aux États généraux, il entre au comité de Constitution. Il rédige l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme, lance le système métrique, donne le premier rapport sur l’instruction publique. Le 4 novembre 1789, il propose de mettre les biens du clergé à la disposition de la nation. Président de l’Assemblée en 1790, il célèbre la messe de la Fédération au Champ-de-Mars.
En décembre, il prête serment à la Constitution civile du clergé, démissionne de son diocèse en janvier 1791 et sacre les premiers évêques jureurs. Envoyé à Londres en 1792, expulsé, mis en accusation après la découverte de lettres dans l’armoire de fer, il s’exile aux États-Unis en 1794. Il y reste deux ans. Revenu grâce à Madame de Staël, il devient, par Barras, ministre des Relations extérieures.

Boiteux, la voix basse, le visage mobile, il est aussi un séducteur. Le pied bot n’y change rien, le charme opère. Madame de Staël s’y brûle. Catherine Grand, créole superbe et peu lettrée, devient son épouse, puis princesse de Bénévent.
Plus tard, à Valençay, Dorothée, duchesse de Dino, sa nièce par alliance, tient la maison et le cœur. Il plaît par l’esprit, l’attention, le silence bien placé.
Il est aux côtés de Bonaparte le 18 brumaire et reprend les Relations extérieures sous le Consulat et au début de l’Empire. En 1801-1802, il prépare les traités qui ramènent la paix en Europe, à l’avantage de la France. Grand chambellan en 1804, prince de Bénévent en 1806. Il négocie Presbourg (1805) et Tilsit (1807). C’est là qu’il doute.
Carême, futur « roi des chefs et chef des rois », y forge la cuisine moderne, Talleyrand en fait un instrument « On ne fait pas de bonne diplomatie sans de bons déjeuners.
Inquiet de l’ambition sans frein de Napoléon, il rend son portefeuille en août 1807 et s’éloigne. Disgracié en janvier 1809, il perd la grand-chambellanie. En 1813, il refuse de revenir aux Affaires étrangères. Le 1er avril 1814, le Sénat le porte à la tête du gouvernement provisoire? Il signe l’armistice avec les Alliés. Ministre de nouveau en mai, il signe le traité de Paris le 30. Louis XVIII l’envoie à Vienne : il y divise les coalisés et sauve la France du démembrement.
Président du Conseil quelques mois en 1815, de nouveau grand chambellan, il doit céder devant les ultras. En 1830, il se range pour Orléans, sert la monarchie de Juillet, et de 1830 à 1834, ambassadeur à Londres, il négocie l’indépendance de la Belgique. On l’a traité de traître. Il répondait qu’il n’avait jamais trahi que les régimes morts.
Le lien avec Valençay tient en une phrase de Bonaparte, en 1803 « Je veux que vous ayez une belle terre, que vous y receviez brillamment le corps diplomatique, les étrangers marquants. » Le 17 mai, il achète le domaine de Valençay, Luçay-le-Mâle et Veuil pour environ 1,6 million de francs. Bonaparte pousse l’achat et en finance une large part. Autour de 12 000 hectares. Château Renaissance, achevé au XVIIIe siècle par le fermier général Legendre de Villemorien. Talleyrand y vient peu tant que l’Empire l’accapare.
Il y fait venir Marie-Antoine Carême, qu’il gardera douze ans, et lui lance un défi, une année de menus sans répétition, produits de saison, aussi beau que bon. Carême, futur « roi des chefs et chef des rois », y forge la cuisine moderne, Talleyrand en fait un instrument « On ne fait pas de bonne diplomatie sans de bons déjeuners.
La famille conserve le domaine jusqu’en 1979
Vienne en est la preuve, à Louis XVIII, qui lui remet une liasse d’instructions, il répond qu’il a plus besoin de casseroles que de papiers, et emmène Carême, Sept mois durant, au palais Kaunitz, la table française étourdit les plénipotentiaires. Les traités se nouent autant dans les salons que devant les plats. Alexandre Ier dira ensuite : « Il nous a appris à manger, nous ne le savions pas. » Carême résumera que sa cuisine avait été l’avant-garde de la diplomatie française.
L’autre épisode du lieu est la captivité des princes d’Espagne. Après Bayonne, Napoléon lui impose d’y recevoir Ferdinand VII, don Carlos et don Antonio, de 1808 à 1814. Prison dorée, règlement d’étiquette, théâtre à l’italienne. Le traité qui rend le trône à Ferdinand porte le nom du château : traité de Valençay, 11 décembre 1813.
Après 1815, écarté malgré l’accord de Vienne, il y revient quelques mois par an jusqu’à sa mort, avec Dorothée. Communs, orangerie, parc à l’anglaise, petit théâtre en 1819. Maire de Valence il ouvre une école, fait élever le clocher, donne un terrain pour la mairie. Il devient aussi conseiller général. Le préfet de l’Indre écrit en 1825 qu’il n’y a à Valençay ni mendiants ni nécessiteux absolus. Il meurt à Paris le 17 mai 1838, réconcilié in extremis avec l’Église, et repose dans la chapelle du parc du château de Valençay. La famille conserve le domaine jusqu’en 1979.
Son impact tient en peu de mots. Il a fait passer la France d’un régime à l’autre sans la livrer. Il a inventé, avec la Déclaration de l’Homme, l’école et le mètre, des instruments qui nous sont encore communs. Il a montré qu’une table, un charme et une phrase juste pèsent parfois plus qu’une armée. Et il a laissé, à Valençay, la demeure où cette politique se touchait du doigt.
La rédaction vous conseille
- Versailles commémore les 250 ans de l’Indépendance américaine
- Ce qu’il y a d’Augustin en Léon
- 6 juin 1944 : l’assaut historique qui changea le cours de la Seconde Guerre mondiale
Envie de lire tous les articles ?
Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.