« C’est la crise financière assurée »: Roland Lescure répond à la proposition de Jean-Luc Mélenchon et de Matthieu Pigasse d’annuler une partie de la dette

Invité à l’université d'été de La France insoumise, Matthieu Pigasse, le banquier d’affaires s’est affiché comme la caution du programme économique de Jean-Luc Mélenchon, sur la dette notamment. Pigasse et Mélenchon ont une certitude quant à la possibilité que la dette puisse s'effacer sans causer de dommages. Cela mènerait directement à "la crise financière", a répliqué, lundi 24 août, le ministre de l'Économie.

Par Karim Maloum

Publié le 24 août 2026

Pour Jean-Luc Mélenchon, Matthieu Pigasse est l’homme providentiel : celui qui peut affirmer sans rire qu’« il n’y a pas de contrainte économique, que des choix politiques ».

© Rupture

« Foutre au feu » ou au « congélateur » une partie de la dette française , comme l’exige Jean-Luc Mélenchon ? « C’est se moquer du monde, c’est prendre les Français pour des lanternes, c’est mettre en danger la signature de la France », a déploré le ministre de l’Économie, Roland Lescure, promettant sur BFMTV / RMC une « crise financière » si cette mesure, qui figurait déjà au programme de l’Insoumis en 2022, était mise en œuvre.

« La réalité, c’est que Jean-Luc Mélenchon, s’il fait ce qu’il dit, avec Monsieur Pigasse à ma place, c’est la crise financière assurée », a étrillé  Roland Lescure. « D’abord, je sais qu’il s’en moque, mais c’est illégal et non conforme aux traités européens. »

Selon le locataire de Bercy, cela reviendrait « de fait » à sortir de l’euro, « puisque vous dites : ‘Je ne respecte plus les règles de la maison commune' ». Jean-Luc Mélenchon a même demandé dimanche à ce que la Banque centrale européenne « mette au congélateur les dettes des États, en commençant par celles de la période Covid ».

Comme cela figurait déjà dans son programme en 2022, le candidat de la gauche radicale à la prochaine élection présidentielle a affirmé qu’il « suffit d’y aller, de les prendre et de les foutre au feu » et que « personne ne s’apercevra jamais que ça a disparu ».

Une proposition à laquelle souscrit, Matthieu Pigasse, le banquier soumis à LFI. Le banquier d’affaires a affirmé, lors des universités d’été de LFI, qu’« il y a à peu près 20 % de la dette française qui est détenue par la BCE. Cette dette, elle peut être annulée ». Et ce, « sans aucun impact économique et sans aucun impact financier».

« Le mur de la dette n’existe pas »

Pour Jean-Luc Mélenchon, Matthieu Pigasse est l’homme providentiel : celui qui peut affirmer sans rire qu’« il n’y a pas de contrainte économique, que des choix politiques ». «J’en tire la conclusion qu’on a des marges de manœuvre très importantes» sur le plan budgétaire, a-t-il ajouté, alors même que cette proposition est très loin de faire consensus parmi les économistes.

« Le mur de la dette n’existe pas. C’est un argument idéologique imposé pour nous dire qu’on ne peut rien faire. (…) La France emprunte chaque semaine sans aucun problème », a développé celui qui a déjà restructuré les dettes grecque, ukrainienne ou argentine.

Jordan Bardella ne l’entend pas de cette oreille. Il accuse Pigasse, sur X, de « raconter n’importe quoi » et rappelle qu’« il n’y a pas d’argent magique ». «Annuler la dette détenue par la Banque de France ne donnerait pas davantage de marge de manœuvre. La Banque de France est détenue par l’État. Les intérêts versés par l’État sur la dette détenue par la Banque de France sont ensuite reversés à l’État sous forme de dividendes. Cela ne soulagerait donc en rien les finances publiques, et encore moins le coût du financement de la dette», a développé l’eurodéputé.

Il estime en revanche qu’«une telle annulation pourrait inquiéter les investisseurs, qui pourraient craindre que l’État soit tenté de faire la même chose avec les créanciers privés», ajoutant qu’«il n’y a pas d’argent magique».

Le risque, pour le ministre de l’Économie, est également de faire grimper les taux d’intérêt : « Les créanciers, qui nous prêtent, qui disent ah bah l’État français vient de dire merde à 20 % de sa dette. Ils vont dire quoi ? Moi je vous prête plus à quatre, je vous prête à quatre et demi, je vous prête à cinq ».

Lundi, le taux d’intérêt de la France à 10 ans était à 4,11 %, après avoir dépassé jeudi 4,14 %, au plus depuis 2008.

K. M.

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