Troisième partie

Offensive de l’Arcom contre Cnews : LFI, justice, immigration ; on ne touche pas aux domaines réservés de la gauche !

Cnews est dans le viseur de l’Arcom… Qu’est-ce qui est reproché à la chaîne de télévision par une institution dont la neutralité politique devient de plus en plus sujette à caution ? Doit-on craindre une remise en cause de la liberté d’expression et le retour de la censure ? Décryptage.

Par Marc Hellebroeck

Publié le 1 juillet 2026

Offensive de l’Arcom contre Cnews : LFI, justice, immigration ; on ne touche pas aux domaines réservés de la gauche !

Une pensée qui n’est pas de gauche n’est pas une pensée, c’est une « idée nauséabonde ». Une parole qui n’est pas de gauche n’est pas une parole, c’est une « éructation ».

Il y a des choses, en France, qui ne se font pas.

Parmi ces choses, il n’est pas admis de critiquer un parti de gauche ou une institution acquise à la gauche. De même, il n’est pas toléré de débattre sur un thème préempté par la gauche.

La gauche a le droit d’accuser, d’anathémiser, d’insulter, de diffamer, de menacer, de censurer et même, par l’intermédiaire d’une milice ultraviolente, de lyncher. Pourquoi ? Parce que c’est la gauche, pardi ! Le camp du bien n’a pas à s’expliquer ou à se justifier. Il est, tout simplement ; il hait, impunément.

Une pensée qui n’est pas de gauche n’est pas une pensée, c’est une « idée nauséabonde ». Une parole qui n’est pas de gauche n’est pas une parole, c’est une « éructation ». Un individu qui n’est pas de gauche n’est pas un être humain, c’est un « facho ». Une information qui n’est pas idéologiquement orientée à gauche n’est pas une information, c’est un « fake ». Bref, tout ce qui n’est pas de gauche évoque « les heures les plus sombres de notre histoire » et « les bruits de bottes ».

La chaîne Cnews n’a sans doute pas assez tenu compte de cet état de fait. Elle commence à en payer le prix. Et ce n’est que le début.

La France Intouchable

Dans sa mise en demeure du 12 juin dernier (1), l’Arcom blâme Cnews pour une « critique systématique » de La France Insoumise, ainsi que pour des « mises en cause » des membres ou des positions de ce parti.

Après une telle manifestation de solidarité à l’égard de LFI, qui pourrait encore croire à la prétendue neutralité de l’Alliance pour la Riposte Contre l’Opposition à Mélenchon ?

En effet, au nom de quoi, dans une démocratie saine et respectueuse du pluralisme politique, un parti en particulier devrait être exempté de toute critique journalistique ?

Qu’y a-t-il de condamnable, pour un média, à contester les compromissions idéologiques de certains responsables politiques d’extrême gauche avec un islamisme antilaïque, sexiste, antisémite et homophobe ?

Qu’est-ce qui gêne l’Arcom dans le fait que des journalistes manifestent leur désapprobation quand le guide suprhaine de LFI et ses séides souillent la mémoire des héros français de la Résistance en les comparant avec les miliciens d’extrême droite du Hamas ? Pour rappel, de Gaulle, Jean Moulin ou Lucie Aubrac ont affronté la Wehrmacht, les SS et la Gestapo ; jamais ils n’ont violé, démembré et brûlé des femmes, ni étranglé des bébés…

Comment expliquer, autrement que par une certaine connivence idéologique, le fait que le gendarme de l’audiovisuel se mobilise au secours d’un parti politique d’extrême gauche dont la compatibilité avec les valeurs républicaines est questionnée par un média de droite ?

L’Arcom à la rescousse !

Il est communément admis que la gauche a des domaines réservés en France.

Parmi ces domaines réservés, il y a bien sûr le domaine de la culture. Ainsi, chaque cérémonie des Césars est l’occasion pour des acteurs – qui ne sont pas tout à fait des smicards – de transformer la scène en tribune politique où ils peuvent réciter rituellement de bien-pensants et bien pesants pensum au soutien des déshérités (qu’ils ne fréquentent pas), des migrants (qu’ils ne côtoient pas) et des persécutés (chez qui ils ne vont pas), le tout avec «cette hargne mordante des artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago… » (2). Il en va de même dans le monde des lettres où certains auteurs passent plus de temps à signer des pétitions indignées et progressistes qu’à écrire des romans (et c’est peut-être préférable… ).

Mais il existe un autre domaine – moins glamour que le monde du spectacle – où les idées de gauche sont prégnantes : il s’agit du monde feutré et solennel des prétoires. L’engagement à gauche y est sans doute moins exubérant et ostensible que dans le monde de la culture, mais la « badintérisation » de la justice entamée sous François Mitterrand s’est poursuivie et accentuée avec des Gardes des Sceaux comme Mme Taubira, Mr Dupond-Moretti ou Mme Belloubet, tous idéologues et militants inlassables du laxisme compassionnel. D’aucuns prétendent même qu’au sein de la magistrature, il n’y a que deux sortes de syndicats : les syndicats apolitiques (qui sont de gauche) et les syndicats engagés (qui sont d’extrême gauche)…

Il était donc logique que l’Arcom, garde du corpus idéologique de l’esprit de gauche dans les médias, reproche à Cnews d’avoir osé critiquer les magistrats « au motif notamment qu’ils seraient dépourvus de légitimité démocratique et condamneraient sans preuve certaines personnalités publiques pour des raisons idéologiques ».

De la démocratie en juridique

En ce qui concerne l’absence de « légitimité démocratique » des magistrats, il ne s’agit pas d’une critique formulée sur Cnews, mais de la constatation d’un simple fait : alors que le président de la République (pouvoir exécutif) et les parlementaires (pouvoir législatif) sont élus, les magistrats (pouvoir judiciaire) ne le sont pas. Cnews est donc épinglée par l’Arcom pour avoir énoncé une banalité ! La chaîne privée doit-elle s’attendre à une prochaine mise en demeure de l’Arcom si jamais son service météo affirme que pendant la canicule, il fait chaud ?

On notera par ailleurs que l’absence de légitimité démocratique n’est pas forcément pénalisante pour les magistrats dans la mesure où elle leur offre une irresponsabilité absolue en les dispensant de rendre des comptes aux citoyens à chaque échéance électorale, quels que soient leurs éventuels manquements. Ainsi, les parents d’Elias, 14 ans, mis à mort en janvier 2025 par deux multirécidivistes multirelâchés, estiment être méprisés par les juges des enfants qui ont refusé jusqu’à présent de les rencontrer (3)…

Déraison idéologique ?

Quant à l’hypothèse – avancée par Cnews et dénoncée par l’Arcom – selon laquelle des magistrats rendraient la justice « pour des raisons idéologiques », la paternité n’en revient pas à la chaîne privée, mais à…un magistrat ! Ainsi, en 1974, dans un discours intitulé « la harangue de Baudot » – sorte de profession de foi de la gauche judiciaire – le magistrat Oswald Baudot (par ailleurs militant au Syndicat de la Magistrature) exhortait, avec son fameux « Soyez partiaux », ses jeunes collègues à abandonner l’impartialité au profit d’une justice idéologisée. On se dit qu’en 2026, Mr Baudot pourrait sans doute officier à l’Arcom…

La condamnation récente d’Erik Tegnér (directeur du média « Frontières » et intervenant régulier sur Cnews) vient de remettre au centre de l’actualité le débat sur l’impartialité et l’idéologisation de la justice. Frontières est un média à la ligne éditoriale de droite identitaire, c’est un fait indiscutable. Cependant, il serait erroné de le qualifier d’extrême droite car il n’est pas antisémite. Or, même si aujourd’hui l’antisémitisme a largement migré vers l’extrême gauche, il demeure un marqueur historique de l’extrême droite et, à cet égard, Erik Tegnér manifeste en toutes circonstances un philosémitisme irréprochable.

Pour sa part, le magistrat qui a condamné Mr Tegnér affiche des convictions et un engagement militant qui le placent à la gauche de la gauche. C’est aussi un fait. Mais de là à dire que la condamnation d’Erik Tegnér est une condamnation politique, il y a un pas qu’il faut se garder de franchir.

Quoi qu’il en soit, le débat sur la politisation de la justice sera bientôt tranché : en effet, nous verrons si les propos de Mr Mélenchon  – qui vient de remettre en cause le caractère terroriste du carnage antisémite du 7 Octobre – seront considérés comme un « détail » de la vie politique par nos magistrats, ou bien si ledit Mélenchon sera poursuivi et sanctionné par la justice, comme le fut autrefois Jean-Marie le Pen pour ses abjectes provocations antisémites (4).

La parole est à la défiance !

Cnews est enfin accusée par l’Arcom de véhiculer une « forte défiance à l’égard de l’institution judiciaire ». Sauf que ladite institution judiciaire n’a certainement pas besoin de Cnews pour susciter la « défiance » des français ! Elle s’en charge en effet fort bien toute seule, comme elle vient de le démontrer par son incurie, une incurie aux conséquences dramatiques pour la petite Lyhanna, enlevée, violée et suppliciée par un pédophile multirécidiviste qu’aucun magistrat n’avait daigné mettre hors d’état de nuire.

L’immigration, « pré carré » des sans-frontiéristes

En ce qui concerne le sujet polémique de l’immigration, Cnews se voit reprocher d’avoir établi « des liens étroits de causalité entre les phénomènes de violence ou de criminalité et l’immigration », ce qui revient à agiter un chiffon rouge devant une gauche wokiste pour laquelle le slogan « le fascisme ne passera pas ! » a été remplacé par « le réel ne passera pas ! ». Dès 1993, dans son ouvrage « Voyage au centre du malaise français », le sociologue Paul Yonnet expliquait que le néo-antiracisme fonctionnait comme une police de la pensée, fascisant systématiquement tout questionnement sur l’immigration.

Depuis, Lola (12 ans) a été suppliciée, Thomas (16 ans) a été poignardé, Mathis (15 ans) a été poignardé, Elias (14 ans) a été tué avec une machette, Mathis (19 ans) a été percuté par un chauffard drogué. Où quand les « liens » qu’on ne veut pas voir sont aussi gros que des câbles…

L’immigration reste d’ailleurs le sujet le plus fréquemment abordé dans la mise en demeure de l’Arcom. Ainsi, on ne trouve pas moins de 8 occurrences de ce mot tout au long du texte. On y associera l’islam (2 occurrences), l’islamisme (2 occurrences), l’islamisation (1 occurrence) et la religion musulmane (4 occurrences dont 1 sous la forme de « cette religion »), soit un total de 17 occurrences pour l’immigration et les thèmes connexes. Qui donc, de Cnews ou de l’Arcom est le plus obsédé par le thème de l’immigration ?

On remarquera également que tout au long de la mise en demeure, « islam » et « religion musulmane » alternent indifféremment avec « islamisme » et « islamisation », comme si ces mots et expressions avaient le même sens et étaient parfaitement interchangeables…

On en déduit que la rédaction de la mise en demeure de l’Arcom a probablement été confiée à un stagiaire, malheureusement incapable de percevoir la différence fondamentale (fondamentaliste !) entre « islamisme» et « islam ». En effet, il est absolument inimaginable d’envisager qu’une institution comme l’Arcom puisse entretenir à dessein cette malheureuse confusion entre « islamisme » et « islam», confusion créée par les Frères Musulmans afin de discréditer toute critique de l’islamisme en assimilant ladite critique à un rejet xénophobe de l’islam et des musulmans.

Inimaginable, n’est-ce pas ?

(1) Décision n° 2026-91 du 25 février 2026 mettant en demeure la Société d’exploitation d’un service d’information (SESI) – Légifrance

(2) « Alors bon… qu’est-ce qu’on fait ? », Pierre Desproges (1984)

(3) Mort d’Elias : la mère de l’adolescent fustige le «mépris» des juges

On remarquera qu’alors qu’Elias a été massacré avec une machette « zombie killer » à la lame de 45 cm, de nombreux médias avaient annoncé que l’arme du crime était un simple couteau. Aucun de ces médias n’a reçu de mise en demeure de l’Arcom pour avoir transmis une fausse information.

(4) Pour Mélenchon, le caractère terroriste du 7-Octobre peut être questionné – Yahoo Actualités France

M. H.

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