Cérémonie commémorative au Palais Bourbon

Il y a 80 ans, les premières femmes à l’Assemblée nationale

Le 21 octobre n’est pas une date ordinaire pour l’Assemblée nationale française. Au cœur du Palais Bourbon, les députés et invités se rassemblent pour célébrer le 80e anniversaire de l’élection des premières femmes députées, un jalon historique dans la marche vers l’égalité politique.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 21 octobre 2025

Il y a 80 ans, les premières femmes à l’Assemblée nationale

Germaine Peyroles, avocate et résistante, Mathilde Gabriel-Péri, résistante communiste, et Germaine Poinso-Chapuis, première femme ministre de la Ve République.

Elles s’appelaient Mathilde Gabriel-Péri, Germaine Peyroles et Germaine Poinso-Chapuis. Ce mardi 21 octobre 2025 trois plaques à leur nom ont été apposées dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

Cette commémoration, initiée par la présidente Yaël Braun-Pivet, met en lumière le rôle pionnier de ces femmes élues le 21 octobre 1945, marquant la première participation féminine à l’Assemblée constituante. 

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les Françaises accédaient enfin à la représentation nationale. Quelques mois plus tôt, le 29 avril 1945, elles avaient voté pour la première fois.

Un contexte historique révolutionnaire

Il y a exactement 80 ans, suite à l’ordonnance du 21 avril 1944 accordant le droit de vote aux femmes, 33 d’entre elles entrent pour la première fois dans l’hémicycle en tant que députées.  Issues majoritairement des rangs de la Résistance, ces pionnières – affiliées à des partis comme le PCF (Parti communiste français) ou le MRP (Mouvement républicain populaire) – incarnent le renouveau démocratique de l’après-guerre. Parmi elles, des figures emblématiques comme Madeleine Braun, qui deviendra la première femme vice-présidente de l’Assemblée en 1946. 

Cette élection survient dans un pays encore marqué par l’Occupation, où les femmes, pour la première fois, exercent leur droit de vote et d’éligibilité, transformant ainsi le paysage parlementaire français. 

Trois plaques pour honorer des vice-présidentes pionnières

Au cœur de la cérémonie d’aujourd’hui, trois plaques commémoratives sont dévoilées dans l’hémicycle en hommage à Mathilde Gabriel-Péri (PCF), Germaine Peyroles (MRP) et Germaine Poinso-Chapuis (MRP).  Ces femmes, élues vice-présidentes de l’Assemblée nationale en 1945, rejoignent ainsi les plaques déjà installées pour quatre autres élues de la même époque : Marie-Madeleine Dienesch (UDR), Rachel Lempereur (PS-SFIO), Marie-Claude Vaillant-Couturier (PCF) et Madeleine Braun (PCF). 

Lors de l’événement, la comédienne Catherine Frot a lu des extraits de discours prononcés par ces trois députées, ravivant leurs voix dans l’hémicycle.  La présidente Braun-Pivet prononcera un discours soulignant l’héritage de ces pionnières. 

Mathilde Gabriel-Péri, résistante communiste

Née le 7 juin 1902 à Canet dans les Pyrénées-Orientales, Mathilde Gabriel-Péri, de son nom de naissance Mathilde Rose Thérèse Taurinya, fut une ouvrière et militante communiste farouche.  Engagée dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, elle perdit son mari, le journaliste Gabriel Péri, fusillé par les Allemands en 1941. Élue députée en 1945, elle siégea jusqu’en 1958, défendant les droits des travailleurs et des femmes.  Elle décéda le 16 décembre 1981 à Paris.

Germaine Peyroles, avocate et résistante du Jura

Germaine Peyroles, née Merlot le 22 mars 1902 à Montaigu dans le Jura, était une avocate engagée dans la Résistance.  Membre du MRP, elle fut élue députée en 1945 et réélue jusqu’en 1951, occupant le poste de vice-présidente. Son action se concentra sur les questions sociales et la reconstruction post-guerre. Elle s’éteignit le 26 octobre 1979 à Paris. 

Germaine Poinso-Chapuis, première femme ministre de la Ve République

Née le 6 mars 1901 à Marseille, Germaine Poinso-Chapuis, avocate de formation, devint une figure emblématique du MRP.  Élue députée en 1945, elle fut la première femme à occuper un poste ministériel en France, comme ministre de la Santé publique et de la Population de 1947 à 1948.  Féministe engagée, elle milita pour les droits des enfants et des familles. Elle mourut le 18 février 1981 à Marseille. 

L’anniversaire ne se limite pas à la pose de plaques. Un colloque est organisé pour débattre de l’évolution de la parité en politique, tandis qu’une exposition intitulée « Résistantes et combattantes – De l’ombre à la lumière » est ouverte au public jusqu’au 6 novembre. Fournis par le groupe de recherche Achac et enrichis par les archives de l’Assemblée, ces éléments retracent le parcours des 33 premières députées, soulignant leur rôle dans la Résistance et la reconstruction nationale.

Aujourd’hui, elles représentent 40 % des députés

Aujourd’hui, alors que les femmes représentent près de 40 % des députés à l’Assemblée nationale, cette commémoration rappelle les progrès accomplis depuis 1945, mais aussi les défis persistants pour une parité réelle. Ces pionnières ont ouvert la voie à des générations de femmes politiques, transformant l’hémicycle d’un bastion masculin en un espace plus inclusif. Elles ont brisé les plafonds de verre de la République.

M. D. P.

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